La mobilité à l’épreuve de la matière

Mine a ciel ouvert entourée d'un train, d'une autoroutes pleine de voitures, d'un bus et de vélos, les différentes formes de mobilités analysées dans l'article.

Étant parmi les secteurs les plus polluants, les transports et la mobilité sont aujourd’hui face à un défi immense : celui de l’efficience. Une stratégie ambitieuse est devenue urgente. Elle ne peut cependant pas ignorer les questions énergétiques et économiques. Et par conséquent celle des ressources matérielles.

Or, une chose est certaine: sans acier, aluminium, cuivre, nickel, ou cobalt: pas de train, pas de voiture, et pas de bus non plus. Nous n’aurions que nos pieds pour aller au travail, faire nos courses ou partir en vacances – pas plus mal diront certains. La question de l’efficacité se pose donc également sous l’angle de ces métaux indispensables. 

La matière la plus pertinente à comparer est sans doute l’acier. D’abord parce qu’il constitue une large partie des besoins dans la production de tous les modes de transports – 85% du poids total d’un wagon, 60% d’une voiture, 65% pour un bus et entre 80 et 90% d’un vélo. Ensuite parce qu’au-delà de son grave impact environnemental, son omniprésence pose des questions de dépendance et d’efficacité économique qui s’imposent à tous, y compris aux plus climatosceptiques.

En effet, si la production d’acier est encore en augmentation dans le monde, elle recule en Europe, de près de 5% en 2022, pendant que la demande continue d’augmenter, +3,5% à la même période. Alors que la Chine produit environ la moitié de l’acier dans le monde, la dépendance croissante des européens envers les grands pays producteurs ne peut pas être écartée des réflexions stratégiques, y compris pour le secteur des transports.

Quelle efficiences pour les différents modes de transport ?

Un rapide calcul permet de comprendre qu’un wagon de 50 tonnes, transportant 150 passagers est proportionnellement 2 fois moins gourmand en acier qu’une voiture de 1,5 tonne transportant en moyenne 1,5 personne seulement. Pour les moyens de transport de courtes et moyennes distances, le constat est encore plus clair: le bus et le vélo sont respectivement 4,6 et 50 fois plus efficients qu’un véhicule individuel motorisé. Ces proportions se traduisent logiquement dans les coûts financiers, et la pression exercée sur ce métal ne faisant que s’accroître, il devient de plus en plus important de prendre en compte son évolution.

Quelle entreprise rationnelle choisirait, entre 2 solutions éprouvées, de développer le modèle  2 à 4 fois plus gourmand que l’autre dans une ressource clef ? De surcroît si elle ne maîtrise pas ses coûts ? Rares sont les acteurs privés qui y risqueraient leurs billes. C’est pourtant ce que sont en train de faire nombre de gouvernements, dont celui de la Suisse, en développant encore davantage le transport individuel. S’il ne s’agit évidemment pas d’éradiquer la voiture, qui reste encore nécessaire dans certains cas, l’encourager, notamment en créant de nouvelles autoroutes ou en les élargissant – ce qui, comme l’attestent de nombreuses études scientifiques, ne soulage en rien les embouteillages, mais participe à augmenter le trafic routier – tient de l’absurde.

Des dépenses inutiles

A l’heure où le sérieux budgétaire est redevenu un sujet de préoccupation – du moins pour certains – persister dans une stratégie aussi irrationnelle, coûteuse et aventureuse sur la plan économique témoigne d’un cruel manque de réflexion et de vision.

L’argent public – on parle tout de même de 5,3 milliards de francs pour l’élargissement des autoroutes en Suisse – mérite d’être investi de manière efficace et réfléchie. Si de nouvelles infrastructures sont une évidente nécessité, il apparaît clair que ce sont les  transports publics qui offrent la meilleure solution, et de loin, du point de vue de l’efficience matérielle, économique et bien naturellement écologique.

Sources: World Steel Association / Environmental Protection Agency (EPA) / International Energy Agency (IEA) / Union Internationale des Chemins de fer (UIC) / Federal Railroad Administration (FRA) / American Public Transportation Association (APTA) / International Association of Public Transport (UITP)


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