Dépenser dans les autoroutes : un contresens économique

Autoroutes bouchée

Il y a quelques mois, la population votait avec enthousiasme la loi sur l’électricité. En ce temps-là, les milieux économiques rejoignaient la plupart des écologistes et l’ensemble des sensibilités politiques, à l’exception des plus conservateurs, pour chanter à l’unisson les louanges de l’efficience, de l’indépendance et de la propreté énergétique qu’offrait ce texte.

Aujourd’hui, quelques mois ont passé, et un autre projet sera bientôt soumis au peuple : un projet à 5,3 milliards qui propose précisément l’inverse, l’extension des autoroutes.

Un modèle dépassé basé sur les réalités du XXe siècle

Les notions d’efficience, d’indépendance et de coûts semblent soudainement échapper à certains qui jugent bon de continuer d’investir dans un système construit sur des réalités du XXe siècle, qui n’ont plus cours aujourd’hui.

On peut comprendre l’enthousiasme que pouvait susciter, en Suisse, le développement d’infrastructures autoroutières après deux guerres mondiales, dans un monde où l’énergie, grâce à la démocratisation du pétrole, était abondante et bon marché, où la majorité des ressources étaient en mains occidentales, et où le dérèglement climatique n’était absolument pas un sujet.

C’était un monde d’abondance qui a vu naître une nouvelle classe moyenne qui a pu s’élever socialement et accéder à une nouvelle forme de confort et de liberté dont la voiture a été un des symboles.

Un monde en mutation : faire face aux réalités d’aujourd’hui

Ce monde, même si on peut le regarder avec nostalgie, est en train de disparaître, et nous avons alors le choix :

  • Option 1 : Ignorer la parole scientifique et les réalités économiques, continuer comme si de rien n’était, et attendre les violentes conséquences de notre immobilisme.
  • Option 2 : Prendre une position active et réaliste, garder en main notre destin, et, comme pour la loi sur l’électricité, agir avec vision pour préparer notre avenir et préserver une économie performante et un certain confort de vie.

La crise énergétique de 2022 : un avertissement pour l’avenir

La crise énergétique de 2022, qui a fait trembler notre continent et nous a forcés à nous approvisionner à des prix élevés, souligne la vulnérabilité économique dans laquelle ce modèle nous place.

Mais l’énergie n’est pas la seule ressource critique dont nous dépendons pour notre mobilité. C’est aussi le cas pour les matériaux, indispensables à la construction des infrastructures et au transport, tels que l’aluminium et l’acier. L’Europe produit de moins en moins ces matériaux, et, tout comme pour les énergies fossiles, cela nous oblige à nous tourner vers des producteurs diplomatiquement moins stables, notamment la Chine, qui en produit aujourd’hui la moitié et nous impose ses tarifs.

Pourquoi favoriser une mobilité efficiente et collective

Pour éviter de subir les conséquences de ces dépendances, il est crucial de promouvoir une mobilité efficiente tant du point de vue énergétique que des ressources matérielles. Investir davantage dans le transport individuel va à l’encontre de cet objectif, puisque :

  • Il faut en moyenne 6 fois plus d’énergie et entre 2 et 4 fois plus d’acier pour transporter une personne sur la même distance en voiture qu’en transport public.

L’impact financier et écologique des infrastructures routières

Cette dépendance n’est pas le seul effet pervers de cette politique sur l’économie. Les coûts croissants pour l’entretien des routes, qui se chiffraient encore en centaines de millions il y a 10 ans et qui dépassent désormais le milliard, ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Il y a quelques jours, Albert Rösti a révélé un rapport sur les coûts externes des transports, estimés à 14,5 milliards de francs par an pour le transport individuel motorisé, révélant l’impact financier de cette politique sur la société, notamment en termes de santé publique.

La charge sur l’État et les finances publiques

Ces coûts alourdissent considérablement la charge de l’État. Alors que les partis libéraux prônent le sérieux budgétaire, la mobilité et les investissements liés à ce secteur ne peuvent pas échapper à une réflexion stratégique.

Les gains estimés de ces élargissements d’autoroutes sont liés à une fluidification du trafic, mais l’Ofrou elle-même admet que cette amélioration ne durera que quelques années, et ce, après 10 ans de travaux, avant que les bouchons ne reviennent, rendant ces économies éphémères.

Un choix de société pour le 24 novembre

Le 24 novembre prochain, le peuple ne se prononcera pas pour ou contre la voiture, qui reste indispensable à certains usagers. Il s’agira de décider s’il faut continuer à investir dans une machine coûteuse qui fragilise notre indépendance énergétique et économique, alourdit les finances publiques, et pèse indirectement sur les citoyens, par le biais de la hausse des coûts de la santé et de la fiscalité.