La révolte des lycéens français, une allumette en train d’embraser l’Europe, fait craindre à certains l’effet tache d’huile. D’autres semblent l’espérer et d’autres encore tentent de se convaincre que cela ne se produira pas chez nous.
Penser la Suisse comme une île est absurde, d’autant que si notre situation peut paraître bien meilleure que celle de nos voisins, la trajectoire n’en est pas si éloignée.
Nous aussi, nous sentons la classe moyenne rétrécir. Nous aussi, nous voyons notre pouvoir d’achat s’effondrer. Nous aussi, nous avons vécu l’été le plus chaud de notre Histoire. Nous aussi, nous avons découvert à quel point, par manque de lucidité, de créativité ou de courage – et parfois des trois à la fois –, la politique de ces dernières années ne nous avait préparés à rien.
Ni une agriculture résiliente, ni une économie durable, ni un système de retraite viable ne semblent avoir été à l’agenda des dirigeants, que ce soit de ce côté ou de l’autre de nos frontières. Comment reprocher à la “Gen Z” de craindre pour son avenir ? Ses revendications ne sont pas uniquement légitimes, elles sont universelles. Cette colère ne fait que nous sortir de notre somnolence collective et nous avons le devoir de l’accueillir avec respect et considération.
Politique de la peur contre politique peureuse
Modifier sans rien changer, telle semble avoir été la devise de la politique suisse et européenne. Comment alors s’étonner que la détresse finisse par devenir colère et que les bulletins de vote, lorsqu’ils sont encore glissés dans l’urne, se radicalisent ?
Les mouvements populistes ressortent galvanisés par cette colère, qui trouve dans leurs propositions radicales la volonté qu’elle ne cherche plus ailleurs. Ils n’ont qu’à se pencher pour récolter les fruits mûrs de la peur du désordre d’un côté et de celle de la précarité de l’autre.
Pendant ce temps, les démocrates semblent sonnés, incapables de sortir de leurs vieux réflexes et d’un archaïque clivage gauche-droite dont ils ne tiennent plus les ficelles.
Soyons extrêmement clairs : la violence ne se justifie jamais. Il ne faudra cependant pas s’étonner, si la voie démocratique échoue, qu’elle apparaisse aux yeux de certains comme une solution, même chez nous.
2027 comme un espoir
Mais la démocratie n’a peut-être pas dit son dernier mot. Elle doit se réinventer, se rapprocher d’une nouvelle génération qui ne se contentera pas de voter sur des hausses ou des baisses de TVA ou de faire barrage à une énième pitrerie d’un parti xénophobe tous les 4 mois. Les conventions citoyennes sont, en ce sens, une piste à ne pas négliger. Il nous appartient de montrer que cette voie peut encore changer la vie des gens, qu’elle reste “le moins mauvais des systèmes”.
Les Vaudoises et les Vaudois auront en 2027 deux rendez-vous sur lesquels peser : les élections cantonales, puis fédérales. Le politique aura à ces occasions la chance, peut-être ultime, de proposer une autre perspective d’avenir, et le peuple de choisir à qui il en confie les clefs.
À nous, démocrates, de faire preuve d’ambition et de créativité pour résoudre les immenses défis climatiques, économiques et sociaux qui se dressent devant notre canton et notre pays, et de redonner espoir aux générations futures car, si certains l’ont peut-être oublié, c’est pour elles que nous nous engageons.