Le dimanche 8 mars, jour de votations gargantuesque tant elle brassait de sujets et de choix pour les Vaudois, sentait pourtant le printemps. Ce fut finalement la douche froide pour les écologistes. Le fond climat balayé et la perte de sièges dans de nombreuses communes traduit, il faut le reconnaître, un échec collectif. Les problèmes climatiques et leurs conséquences sont plus que jamais visibles, mais c’est la politique des œillères qui a séduit les habitants du canton ce week-end.
Il est temps de se remettre en question
Il serait irresponsable de ne pas se demander pourquoi . Une des réponses réside sans doute dans la manière d’exprimer la problématique. Trop longtemps, nous avons placé l’écologie sur le terrain de la morale. Nous agissons “pour les générations futures” ou “pour sauver la planète” alors que les conséquences financières et sanitaires nous touchent déjà et que la Terre, apparue il y a 4,5 milliards d’années, sera là bien après notre extinction. Il faut être clair : protéger notre environnement, c’est avant tout nous protéger nous, notre santé et notre qualité de vie.
Il y a ensuite la méthode. On le voit, on l’entend, les mesures écologiques sont souvent mal comprises, ressenties comme des punitions imposées par une élite perchée. Elles ont beau reposer sur des études et des constats scientifiquement établis, si elles ne sont pas accompagnées de pédagogie, si le citoyen ne comprend pas le lien concret entre la mesure et ses bienfaits, elle sera encore et toujours vécue comme une restriction. Céder aux sirènes d’une politique basée sur le ressenti est évidemment une bêtise, mais il est primordial de faire le lien, et c’est là le rôle du politique, entre le savoir scientifique et celui du terrain.
L’expérience française de la Convention citoyenne pour le climat a d’ailleurs montré qu’un dialogue éclairé entre des citoyens et des spécialistes, apporte des solutions bien plus ambitieuses que celles que les politiciennes et politiciens osent proposer – Le président français sabordera d’ailleurs joyeusement ce travail qu’il avait pourtant initié.
Le pouvoir d’achat, victime collatérale de l’inaction climatique
Pendant que dans le camp des conservateurs, on sabre le champagne, la guerre qui sévit au Moyen-Orient donne raison, trop tard et plus vite que prévu aux partisans du fonds climat qui militaient, entre autres, pour plus d’indépendance énergétique. La fameuse “liberté” de se chauffer au mazout ou de rouler en véhicule thermique se transforme peu à peu en lourde charge pour les citoyens qui voient leurs factures grimper. Plus globalement, le coût des importations des énergies fossiles, qui s’élève aujourd’hui à 7,5 milliards de francs par an, révèle le poids financier de notre immobilisme et notre vulnérabilité.
Dans ce contexte, les sois-disants souverainistes, qui prient décidément tournés vers le Kremlin, n’ont pas trouvé de meilleure idée que de lancer un référendum contre la loi vaudoise sur l’énergie, pourtant pas si ambitieuse. C’est un danger, pas uniquement pour la politique climatique du canton, mais pour le porte monnaie de ses habitants et pour son économie qui a plus que jamais besoin de visibilité. Ils révèlent par leur entêtement qui sont les réels dogmatiques – ceux qui s’acharnent contre les faits et se couchent devant les autocrates.
Les écologistes, quels que soit leur bord politique, ont, face à ce risque, deux devoirs: se remettre en question, et ne surtout pas abandonner.
