Coup de tonnerre à Zürich ce week-end: le canton a retiré le droit des communes d’instaurer le 30km/h sur certains axes contre l’avis de la population des villes concernées – Zürich et Winterthur. Alors que les résultats des études menées sur le terrain viennent tour à tour confirmer l’impact positif de cette disposition sur la santé et la sécurité et que les usagers s’habituent petit à petit à cette nouvelle réalité, conservateurs et lobbyistes n’hésitent plus à employer les grands moyens pour appuyer sur la pédale de frein du progrès en s’imiscant dans la politique communale, imposant à la population locale leurs fantasques clichés et une politique anti-fédéraliste qui semble faire des émules à Berne.
On ne s’étonne évidemment pas des manœuvres d’un conseiller fédéral, qui visiblement peine à raccrocher le tablier de lobbyiste du pétrole. Mais on pouvait tout de même douter que des libéraux conservateurs se muent soudain en étatistes zélés. En effet, si le Conseil fédéral possède le droit de légiférer par ordonnance, on peut légitimement s’inquiéter du fait, que sous la pression de certains lobbys, il utilise cet outil pour interférer dans des décisions locales. En particulier quand cette manœuvre est soutenue ici par une droite habituellement attachée au principe fédéral et à l’autonomie des communes, tout comme les associations les représentants… qui elles ne voient pas cette tentative de muselage du même œil.
Des clichés à dépasser
Si l’on peut comprendre que le changement nécessite un effort plus difficile à concevoir pour les conservateurs que pour les autres et que des voix nostalgiques se fassent entendre fait partie du débat, il est en revanche plus préoccupant que ces organisations se présentant comme les chantres de la sécurité routière se battent avec tant de moyens et d’énergie pour empêcher les communes de baisser la vitesse de leurs routes, et conserver les rues des villages à 50 km/h. A force de présenter le 30 km/h de manière grotesque comme une mesure de “bobos des villes” qui mépriseraient la ruralité, ces organisations ont-elles fini par croire à leurs propres fantaisies ?
Une balade dans la campagne vaudoise suffit pourtant à constater que de nombreux villages, à l’électorat plus libéral et conservateur, ont dépassé les clichés et ont eux-mêmes instauré cette mesure. Sans doute plus soucieux de la qualité de vie et de la sécurité de leurs habitants, en particuliers des plus fragiles – enfants et seniors – que de savoir si rouler à telle ou telle vitesse était plutôt de droite ou de gauche, des villes ou des champs.
La sécurité et la qualité de vie doivent primer
Il est primordial de remettre au centre de la politique de mobilité et du reste deux principes: d’abord d’accepter que le monde dans lequel nous vivons et allons vivre dans les prochaines décennies n’est plus celui du XXe siècle, et ensuite que des changements sont nécessaires. Au-delà de nos orientations politiques, la qualité de vie de la population, sa sécurité et sa santé doivent être au cœur de nos priorités. Le débat réside dans la manière de le faire mais ces principes ne peuvent certainement pas être sacrifiés sur l’autel d’intérêts particuliers ou idéologiques.
