Les lacunes sécuritaires de l’avionneur américain Boeing ont récemment coûté la vie à plusieurs centaines de personnes. Derrière ce désastre humain, il y a un modèle économique qui tue depuis longtemps: le low-cost.
Devant la commission d’enquête du Sénat, Sam Salehpour, ex-ingénieur qualité de l’avionneur américain, a décrit, face à un auditoire stupéfait, les lacunes de son ancien employeur en matière de contrôle et de sécurité. Ainsi que la pression exercée par le management pour accélérer la cadence de production. Une course à l’économie principalement due à l’évolution du marché de l’aviation ces dernières années. En effet, on ne peut ignorer le changement radical de paradigme engendré par l’avènement du low-cost dans tous les domaines de notre société.
Le tout bon marché, qui peut apparaître comme un gain de pouvoir d’achat bienvenu, finit souvent par se payer. D’abord par un grave coût écologique que génère la surproduction qui lui est nécessaire, tant au niveau de la pollution des océans et de la terre qu’en émission de CO2. Puis par des vies humaines.
Cette mortalité, aujourd’hui visible par tous à travers les déboires de Boeing, se produit en fait depuis des décennies dans de nombreux secteurs. Les suicides des agriculteurs, contraints à brader le fruit d’années de travail, ou les appels à l’aide cousus sur les étiquettes des vêtements Shein par des ouvriers-esclaves, sont autant de signaux qui ont été ignorés, mais qui sont la résultante de cette pression exercée sur les prix.
Le low-cost; Un progrès ou un mirage social ?
De par la délocalisation et la pression sur les salaires que ces modèles exercent, ils font des plus défavorisés les premières victimes. Sans compter les commerces et les producteurs locaux, pris dans un étau paradoxal entre la hausse des charges et la dévalorisation de leur production. Tout a un coût, financier certes, mais aussi humain et environnemental. Et dans tous les aspects de nos vies, nous avons été habitués à une bien commode dévalorisation des services et des produits, qui au lieu de nous permettre d’économiser, nous a poussé à consommer davantage.
Nous ne pouvons plus nous permettre de consommer en dessous du prix réel. Il est temps de se tourner vers une économie qualitative, en finir avec l’obsolescence programmée, les commandes impulsives de vêtements, les légumes hors-saison, importés du bout du monde, les vols à 50 francs, etc. Une grande revalorisation est indispensable à l’éclosion d’une société durable. Il ne s’agit pas de dépenser plus d’argent, mais de se reconnecter à la réalité humaine et planétaire de ce que nous consommons.
En tant que consommateur nous ne sommes bien sûr pas seuls responsables, mais nous avons une partie de la solution. Soyons des esprits critiques, interrogeons-nous : pourrions-nous acheter moins, mais mieux ? Pour la plupart d’entre nous, la réponse est forcément oui. Alors évitons le crash, sauvons des vies !